Ouvre n'importe quel groupe Telegram de jeunes auteurs belges et la même question revient. "Vous, vous êtes à la SABAM ou à la SACEM ?" Et la même réponse domine, presque par réflexe : "À la SACEM, tu touches mieux." Ce réflexe a une raison. Il y a dix ans, c'était même statistiquement vrai. Aujourd'hui, c'est faux pour la majorité des cas. Mais l'idée a la peau dure — et elle coûte de l'argent à beaucoup d'auteurs belges qui suivent le mouvement sans avoir fait le calcul.
Cet article reprend ce que Steven De Keyser, directeur général de la SABAMSABAMSociété belge des auteurs, compositeurs et éditeurs. Représente 50 000 auteurs et autrices belges, principalement en musique. Taux de commission : 8% — descend à 7% au 1er juillet 2026., est venu expliquer dans l'épisode #03 de Big Managa. On a recoupé avec ce qu'on a trouvé dans la documentation, ce qu'on a entendu chez d'autres acteurs et ce qu'on a vérifié auprès des deux sociétés. Voici un guide pour décider — sans réflexe.
Le réflexe SACEM, et pourquoi il est dépassé.
Le mythe de la SACEM repose sur trois choses : son volume, son rayonnement, et la croyance que "la France paie mieux". Dans les années 2010, c'était partiellement vrai — la SABAM avait des problèmes de gestion, de retards de paiement, de communication opaque. Beaucoup d'auteurs belges qui faisaient leur trou en France passaient logiquement par leur éditeur parisien, qui les inscrivait à la SACEM. Le pli s'est pris.
Sauf que depuis, la SABAM a fait deux choses fondamentales :
- Elle a rejoint ICEICECoopération européenne de gestion collective regroupant la SABAM, le PRS britannique, la STIM suédoise et plusieurs sociétés scandinaves. Gère ensemble la collecte online (Spotify, Deezer, YouTube) avec une force de négociation supérieure à n'importe quelle société seule., le consortium européen qui négocie avec Spotify, Deezer, YouTube et TikTok.
- Elle a baissé son taux de commission, passé de 12% à 8%, avec une nouvelle baisse à 7% au 1er juillet 2026.
Résultat : sur l'online — qui représente aujourd'hui 60 à 80 % des revenus d'un jeune auteur — la SABAM est plus performante que la SACEM. C'est Steven De Keyser qui le dit, et les chiffres internes confirment.
« Quitter la Belgique pour faire gérer son online par la SACEM, ce n'est pas dans l'intérêt de l'auteur. »
— Steven De Keyser, directeur SABAMComment ça marche, vraiment.
Une société de gestion collective fait deux métiers : elle collecte (perçoit les redevances quand vos morceaux sont diffusés) et elle répartit (vous reverse votre part après commission).
Ce que ça change concrètement
Quand votre morceau est joué sur Spotify, c'est ICE qui négocie le tarif global, encaisse, et reverse à la SABAM votre quote-part. Quand il est joué dans une boîte à Bruxelles, c'est la SABAM qui collecte directement chez l'exploitant. Dans les deux cas, c'est la SABAM qui vous paie.
Si vous êtes inscrit à la SACEM mais que votre titre joue principalement en Belgique, l'argent fait un détour France → Belgique → vous. Avec deux commissions au passage. Sur le papier, vous touchez moins.
Le délai de dépôt
C'est la chose que les jeunes auteurs négligent le plus. Vous devez déposer votre œuvre dans les 6 à 24 mois après sa sortie, selon les accords de réciprocité entre sociétés. Au-delà, les droits ne sont plus collectables rétroactivement. C'est de l'argent perdu.
Inscrire un morceau à la SABAM prend 10 minutes en ligne. Le code ISWC est généré automatiquement. Faites-le le jour de la sortie, pas trois mois après.
Les seuils à connaître.
Il y a quelques chiffres qu'il faut avoir en tête avant de signer où que ce soit.
Buyout & IA — les pièges qu'on rencontre vraiment.
Le buyout
Un buyoutBUYOUTContrat où vous cédez vos droits d'auteur en échange d'un paiement forfaitaire unique. Vous ne touchez plus rien après — ni sur les diffusions, ni sur les rééditions. Modèle anglo-saxon, étendu aux jeux vidéo, séries Netflix, TikTok library deals. est un contrat où vous échangez vos droits contre un forfait. Souvent proposé pour de la musique de jeu vidéo, de série Netflix ou de TikTok library. À court terme, le chèque paraît bon. À long terme, c'est une catastrophe — surtout si l'œuvre cartonne.
Règle simple : ne signez jamais un buyout pour une œuvre que vous n'avez pas encore créée, ou pour un volume forfaitaire qui ne précise pas les usages. Si on vous propose 2 000 € pour "5 morceaux d'illustration sonore, exploitation toutes plateformes, durée illimitée" — c'est un piège.
L'IA générative
Vous générez un morceau via Suno ou Udio. Vous le déclarez à la SABAM. Que se passe-t-il ?
- Si l'IA est une assistance (vous gardez le contrôle créatif, elle génère des éléments que vous arrangez) : déclaration normale, droits collectés normalement.
- Si l'IA fait 100 % du travail : vous pouvez déclarer, mais aucun droit ne sera collecté. La société considère qu'il n'y a pas d'auteur humain, donc pas d'œuvre protégeable.
C'est la position SABAM aujourd'hui. La SACEM est sur la même ligne. Les deux évoluent vite — vérifiez avant chaque dépôt si vous êtes dans la zone grise.
Quand-même envisager la SACEM.
Il existe trois cas où la SACEM reste un choix valide pour un Belge.
- Vous vivez et travaillez à 80 % en France. Vos diffusions, vos concerts, vos placements — tout est français. Dans ce cas, la collecte est plus rapide en direct chez la SACEM.
- Vous avez un éditeur parisien qui exige son référencementRÉFÉRENCEMENT ÉDITEURQuand un éditeur parisien signe un contrat, il inscrit fréquemment ses auteurs à la SACEM par défaut. Vous pouvez négocier ce point dans 80 % des cas — mais peu de jeunes auteurs le savent. SACEM. Vous pouvez le négocier — sachez juste que c'est un sujet.
- Vous êtes plus rentable côté droits d'exécution publique en France. Cas rare, généralement réservé aux compositeurs de musiques de pub très diffusées sur les chaînes françaises.
Dans tous les autres cas — c'est-à-dire la majorité des artistes urbains belges qui font leur trou entre Bruxelles, Paris et le streaming — la SABAM est plus efficace.
Verdict.
Si vous lancez votre carrière en 2026, depuis la Belgique, avec un public principalement online et belge :
- Inscrivez-vous à la SABAM. Coût d'entrée bas, commission compétitive, online performant via ICE.
- Déposez chaque morceau dans les 30 jours après sortie. Pas dans 6 mois.
- Refusez les buyouts sur des œuvres futures non-définies.
- Allez voir Sabam for Culture — bourses, writing camps, accompagnement gratuit. C'est sous-utilisé.
Et surtout : ne suivez plus le réflexe sans avoir fait le calcul. Le rap belge francophone a aujourd'hui un atout que la génération précédente n'avait pas — une société qui s'occupe vraiment de lui. Encore faut-il s'y inscrire.
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